Comment pousser les filles à poursuivre des études scientifiques ?

Comment encourager les filles à faire des études scientifiques ? Cette question est essentielle dans un monde où l’égalité des sexes dans le monde des sciences et des technologies est loin d’être atteinte.
Les filles ont beau avoir des performances similaires aux garçons, elles sont sous-représentées dans ces filières. Entre les stéréotypes, le manque de “role models” et des choix d’orientation influencés par la société, le chemin est long.
Dans notre article, nous allons essayer de comprendre les causes du phénomène et proposer quelques pistes concrètes pour sortir de cette impasse.
11 février : la journée internationale des femmes et des filles de sciences
Depuis 2015, le 11 février est la journée internationale des femmes et des filles de science. C’est bien triste que cette journée doive exister, et pourtant. Elle vise à sensibiliser à la sous représentation des femmes dans les domaines scientifiques et techniques. Le constat est frappant en France, notamment en mathématiques.
Quelques chiffres marquants :
Depuis la réforme du lycée de 2019, une fille sur deux abandonne les maths en terminale. Seul un garçon sur 4 est dans le même cas.
Le CNRS compte 16% de mathématiciennes pour 84% de mathématiciens. Parmi les 52 lauréats de la médaille Fields (sorte de Prix Nobel de maths, créée en 1936), pas une seule femme.
Pourquoi les filles ne font pas davantage d’études scientifiques ?
Il n’existe aucune raison valable ou scientifique qui expliquerait que les garçons soient plus disposés que les filles aux études (puis aux carrières) scientifiques. Il n’y a pas de différence significative de niveau entre les garçons et les filles.
Nous allons voir ce qui éloigne les filles des sciences.
Conditionnement social et autocensure
De nombreux stéréotypes de genre influencent les choix d’orientation.
Dès le plus jeune âge, les filles sont moins encouragées à explorer les sciences et les mathématiques, et le préjugé selon lequel les garçons seraient meilleurs en maths que les filles persiste.
Pour illustrer le propos, une étude avait été menée par l’Université de Provence : Les chercheurs de l’université avaient fait passer exactement le même test à deux groupes d’écoliers (filles et garçons mélangés dans chaque groupe).
On demandait aux élèves de reproduire à main levée une figure géométrique assez complexe, la même dans les deux groupes (la figure de Rey-Osterrieth).
À un groupe, les chercheurs avaient présenté ce test comme une épreuve de géométrie. À l’autre, comme une épreuve de dessin.
Dans le groupe “géométrie”, les garçons réussissaient mieux que les filles. Dans le groupe “dessin”, les filles réussissaient mieux que les garçons.
Édifiant, non ?
Dans le même registre , une étude menée sur des étudiants franciliens révèle que les filles sous estiment leur niveau en mathématiques malgré des performances équivalentes aux garçons. Cette autocensure les pousse à éviter certaines spécialités scientifiques, et c’est bien dommage !
Un manque de modèles féminins
Les figures féminines dans les sciences sont encore trop peu mises en avant dans les médias et dans les manuels scolaires.
Bien sûr, il y a Marie Curie. Elle est d’ailleurs souvent citée pour évacuer l’argument de la sous représentation des femmes dans l’Histoire en général (vous pouvez lire le très bon livre de Titiou Lecoq à ce sujet, il est à mettre entre toutes les mains, des garçons et des filles). Elle est pourtant très loin d’être la seule femme scientifique à avoir révolutionné le monde de la science. Quelques exemples, pour le plaisir :
Sara Seager a découvert 715 planètes avec le téléscope Kepler
Gertrude Elion a développé des médicaments pour le traitement de la leucémie et pour prévenir les rejets de greffe rénale
Vera Rubin a prouvé l’existence de la matière noire
Maria Telkes a coopéré avec Eleanor Raymond pour mettre au point la première maison chauffée entièrement à l’énergie solaire
Hedy Lamar a inventé l’ancêtre du Wi-fi
Les exemples sont en réalité extrêmement nombreux, surtout si on ajoute les scientifiques hommes qui se sont accaparés les travaux réalisés par des femmes (ça s’appelle l’effet Mathilda !).
La réforme du lycée : un impact délétère
Depuis la réforme du baccalauréat en 2019, les mathématiques ne sont plus enseignées dans le tronc commun en première et en terminale. Cette modification a malheureusement eu des conséquences importantes sur la présence des filles dans les matières scientifiques.
Alors qu’en 2020, les bachelières scientifiques représentaient 47,9% de l’ensemble des bacheliers scientifiques, deux ans plus tard, elles n’en représentent plus que 35,9%.
En 2022, un garçon a 2,3 fois plus de chances qu’une fille d’avoir un bac scientifique. Au moment de la réforme, un garçon avait “seulement” 1,4 fois plus de chances d’obtenir un bac scientifique.
Difficile de nier l’inégalité devant ces chiffres.
Comment encourager les filles à poursuivre des études scientifiques ?
Sensibiliser dès le plus jeune âge
Comme nous en parlions plus haut, les biais de genre liés aux compétences scientifiques apparaissent dès l’école primaire. Il est donc essentiel d’agir le plus tôt possible pour lutter contre les stéréotypes et encourager les filles à s’intéresser aux sciences dès leur plus jeune âge. Et de continuer tout au long de la scolarité.
Cette sensibilisation peut passer par plusieurs actions :
former les enseignants à détecter et déconstruire les préjugés qui s’installent dès l’enfance intégrer plus de figures féminines dans les manuels scolaires et les cours de science encourager les filles à s’impliquer dans des activités scientifiques par le jeu et les ateliers pratiques (pour leur démontrer qu’elles sont tout aussi capables)
Encourager les initiatives en faveur des filles en sciences
De nombreuses organisations soutiennent les filles dans leur parcours scientifique.
Femmes et Mathématiques. L’association organise notamment des interventions de femmes scientifiques dans les établissements d’enseignement supérieur.
Femmes & Sciences : Cette association a pour mission de promouvoir la place des femmes dans les métiers scientifiques et techniques. Elle organise des rencontres entre lycéennes et chercheuses, propose des ressources pédagogiques et milite pour une meilleure représentation des femmes dans les sciences. L'association mène également des actions de sensibilisation auprès des décideurs pour favoriser des politiques éducatives inclusives.
*Fondation L’Oréal-UNESCO pour les femmes et la science* : Cette initiative met en avant des chercheuses d’exception à travers des prix et des bourses de recherche. Son objectif est de valoriser les carrières scientifiques féminines et d’encourager les jeunes filles à embrasser ces vocations en leur offrant une visibilité accrue et des opportunités de financement.
Les Olympiades de mathématiques : Ce concours national, organisé dès la classe de première, vise à développer l’esprit scientifique des élèves et à encourager les filles à s’investir dans les mathématiques. Il permet aux participantes de mesurer leurs compétences, de gagner en confiance et d’intégrer des réseaux de soutien qui les encouragent à poursuivre dans cette voie.
Lutter contre la sous-représentation des filles dans les sciences est un enjeu majeur pour notre pays, ne serait-ce que du point de vue de l’innovation en France. Sans même parler de l’égalité professionnelle. Sensibilisation, modèles inspirants, initiatives éducatives sont autant de leviers qui répondent à la question “Comment encourager les filles à faire des études scientifiques ?”. En espérant que le 11 février cesse un jour d’être une journée dédiée aux filles et aux sciences : cela voudra dire que l’on a résolu cette problématique.
Sources :
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